Conseils et Astuces

Peut-on vivre de son activité de création artisanale ?

Sans vouloir faire des généralités, il me semble que lorsqu’on se lance dans une activité créative, comme celle d’artisan bijoutier, la passion est le premier moteur

Passer des heures à l’établi, enfiler des milliers de perles, trouver de nouvelles idées, se former pour aller plus loin dans ses créations… On pourrait ne faire que cela de nos journées, n’est ce pas ?

Seulement, la terrible réalité nous rattrape souvent : il faut bien manger et payer son loyer. Alors pourquoi ne pas en faire son activité principale ? Peut-être avez-vous déjà commencé à vendre vos créations, que ce soit en direct, sur des marchés, ou sur internet via des marketplaces. Le constat est parfois amer : il est souvent difficile de sortir la tête du lot (et de l’eau) et de rentabiliser sa petite entreprise si facilement. Car oui, même si l’on débute par passion, il va falloir aiguiser vos qualités de « business (wo)man » pour pouvoir mener votre embarcation jusqu’à la profitabilité.

même si l’on débute par passion, il va falloir aiguiser vos qualités de « business (wo)man » pour pouvoir mener votre embarcation jusqu’à la profitabilité.

Il est commun de douter de ses capacités à vivre de sa passion, surtout si l’on essaye depuis de longs mois sans succès. Il est facile de se décourager, parfois même avant d’avoir vraiment essayé. 

C’est ce qui m’a poussé il y a quelques mois à ouvrir mon blog, apprendre-la-bijouterie.com. Motiver les jeunes créateurs, les inciter à essayer toujours plus, croire en l’épanouissement par son travail-passion, et en vivre. Pour de vrai. Car oui, c’est tout à fait possible, si l’on est bien clair sur les étapes nécessaires à cela.


C’est un marathon, pas un sprint

La première chose qu’il faut absolument garder en tête, c’est que le succès et la rentabilité ne sont jamais, jamais immédiats

Avant d’atteindre la rentabilité, un artisan, même doué, peut parfois attendre plusieurs années avant de pouvoir se dégager un salaire. C’est parfois laborieux, mais au final tellement gratifiant de travailler de sa passion ! 

Alors soyez patient, tout en étant actif pour votre petite entreprise. Il est normal et souhaitable de bâtir sa marque et son business sur un socle solide pour pouvoir gravir les étapes successives menant à la rentabilité.


Les 3 étapes de la rentabilité

1 /Courber l’échine

Il faut être conscient que les premiers temps (qui peuvent se compter en mois voire en année) ne sont pas ceux du profit. C’est un investissement pour votre marque que vous ne devez pas négliger. Un investissement de temps comme d’argent. 

On se forme, on achète de l’outillage et du matériel, et on se forme encore. Quelque part, on prépare un nid douillet pour accueillir sa clientèle. Que ce soit entièrement en ligne ou « en vrai » : on décore sa maison (son site internet), on soigne son apparence (son produit), on indique la route à suivre pour y arriver (on communique, on se fait connaître). 

C’est souvent une période d’excitation et d’impatience, qui peuvent vite se transformer en découragement si les résultats ne sont pas à la hauteur de nos attentes. Et c’est malheureusement souvent à ce moment là que l’on perd pas mal d’oisillons en route…

Si c’est votre cas, je vous conseille plutôt de regarder (voire de contacter) des personnes qui ont réussi, et il y en a ! (une section interview sur mon blog doit arriver dans les prochains jours, vous verrez combien les parcours de ces créateurs sont différents mais tellement motivants !)

Evidemment, n’écoutez pas les pessimistes. Si votre situation vous le permet, persistez et ajustez vos actions pour persévérer dans ce métier.

    2 /La stabilité

Enfin, votre clientèle est enfin au rendez-vous. La régularité de vos revenus en est la preuve. Insuffisantes pour générer un réel bénéfice, vos rentrées d’argent vous permettent néanmoins de payer vos factures. C’est le moment de redonner un coup de collier pour faire décoller votre entreprise.

Mon secret ? C’est à ce moment là que j’ai commencé à déléguer. Au début, c’est dur. Mais une fois réalisé, on ne s’en passe plus. En plus, il est possible de se faire aider à moindre frais au début (par la suite vous comprendrez toute l’utilité de payer quelqu’un pour son travail…) 

J’ai donc d’abord pris des stagiaires d’école de bijouterie qui m’ont grandement soulagée de la production. Avec ce temps dégagé et l’aide d’une autre stagiaire en communication, nous avons alors créé un collectif de créateurs dans ma ville, loué le plus grand local en hyper centre, et ouvert le premier pop-up store de créateurs durant 2 mois, avec plus de 80 créateurs venus des 4 coins de France et d’Europe. Nous avions invité la presse et des élus locaux à communiquer sur cette initiative.

Nous avons créé notre opportunité de vente, non sans boule au ventre vu les sommes engagées. L’union faisant la force, cette étape a été décisive dans le succès de ma propre entreprise, en m’apportant notamment une notoriété et une nouvelle clientèle qui m’a suivie.

A vous de trouver le projet-pivot qui vous fera décoller !

    3 /La rentabilité

Enfin, elle est là. La rentabilité peut mettre du temps à arriver. Mais pour d’autres, elles peut arriver très tôt. Il ne faut pas se comparer mais s’inspirer du parcours et des actions que ces personnes ont mises en place. 

Une fois votre entreprise bénéficiaire, vous pouvez déléguer plusieurs parties de votre travail, trouver un comptable, un graphiste, embaucher un community manager, ou pourquoi pas même ouvrir une boutique ? 

Développer son entreprise de création de bijoux (ou autres) et un jeu beaucoup plus drôle lorsque la pression financière est plus légère. Ceci dit, il est rare qu’elle disparaisse totalement, sachez-le !

 


Qui peut en vivre et comment ?

Je vous le dit tout de suite : tout le monde peut le faire, mais seuls les motivés en vivront. Ne prenez pas peur, on peut être motivé sans passer ses jours et ses nuits, et perdre la raison à vouloir développer son affaire. J’en suis la preuve vivante 😉

La vraie question que tout le monde se pose, c’est « comment faire pour me démarquer et trouver ma clientèle ? »

J’ai envie de vous dire : la réponse est dans la question !

Démarquez-vous : trouvez votre niche, votre cible parfaite et assumez-la. A vouloir plaire à tout le monde, on ne finit par plaire à personne. Il vaut mieux une « petite » niche de clients qui achète vos création que viser une foule de personnes qui ne vous regardera pas. Proposez un produit différent, ou personnalisé, ou encore destiné à une certaine population (pour les femmes enceintes, les fans de Harry Potter, les amoureux du vintage ou les mamies rock’n roll… faites parler qui vous êtes !)

Allez chercher vos clients : demandez-vous ensuite où sont vos clients. Pour les trouver, il faut d’abord les chercher. Sont-ils sur des salons ? Sur internet ? Utilisent-il Facebook, Instagram, ou des forums ? Font-ils des ventes privées à domicile ou travaillent-il dans des entreprises. Sont-ils chez leur gynéco (rapport aux femmes enceintes, plus haut…) ou flânent-ils dans un quartier de votre ville ? 

Construisez vos circuits de distribution en conséquence. Que ce soit sur internet, en salons, en direct ou en boutique. Testez, mais surtout consacrez votre énergie là où sont vos clients.
J’ai pour ma part testé la vente en CE, ce fut un loupé total. Mes bijoux étaient un peu chers, et demandaient donc réflexion et essai avant achat. Les gens n’avaient pas de temps à perdre lors de leur pause. J’étais du coup très étonnée lorsqu’une amie créatrice m’a annoncé qu’elle faisait la quasi totalité de son chiffre d’affaire par ce biais. C’était pourtant évident : elle vendait des bracelets ajustables « surprise » accompagnés de rubans aux phrases motivantes, emballés dans de petites boites cadeaux similaires à des boites de dragées. En somme : LE cadeau parfait. Celui qui s’achète en CE pour le prochain anniversaire, le pot de départ d’une collègue, les fêtes de fin d’année… Pas de problème de taille, de prix ou de choix. L’achat est rapide. Malin !


Une chose à la fois

S’il y a bien une chose que j’ai retenu de mes premières années d’errances entrepreneuriales, c’est qu’il faut se focaliser sur un domaine à la fois. Toutes les informations que l’on voit, les blogs que l’on lit, les conseils qu’on nous donne peuvent vous donner la sensation d’être vite dépassé. On ne peut pas être bon partout, ni partout à la fois. 

Mon conseil : avoir une vision globale de ce que vous voulez transmettre. A quoi je veux que ma marque ressemble ? Quel message je veux transmettre ? A qui je m’adresse ? Quel est mon univers ? Idéalement crééz vous un « mood board » ou mieux, un « brand board » avec un code couleur / texture / typographies / message clair et un profil cible de clientèle.

Une fois cette vision globale déterminée, gardez-la bien précisément à vos côtés pour tout le reste. Commencez par développer pour votre marque ce qui vous semble essentiel, puis ajoutez une corde à votre arc progressivement, toujours en vous demandant « qu’est ce qui est le plus important pour que je puisse en vivre ? »

Selon moi, ce serait :

1/ Développer ses créations (sans créations, votre entreprise n’a aucune raison d’être) en général, on est au point sur ça 🙂

2/ Faire de belles photos (si vous comptez vendre en ligne, ou faire un catalogue pour des revendeurs) c’est essentiel.

3/ Avoir des outils de vente (catalogue pour des revendeurs / site internet pour vente en ligne / présentoirs pour vente en salons etc…) A cette étape, vous êtes déjà prêt à pouvoir vendre.

4/ Votre branding (un logo, des cartes de visite, des packagings, une charte graphique etc…)

5/ La vente (démarchage, participation à des marchés, solutions logistiques…)

6/ La communication (réseaux sociaux, partenariats, newsletter) pour élargir sa clientèle

Alors bien entendu, l’idéal serait de pouvoir faire tout cela en même temps. La communication sur sa marque et son produit est même un facteur clé pour réussir à vendre ses créations. Mais dans la vie d’un solo-preneur, gardez en tête que vous ne pouvez pas tout gérer en même temps, et qu’il faut prioriser. Et dès que c’est possible, faites-vous aider !

Vivre de son activité artisanale est heureusement encore possible aujourd’hui, alors même qu’il n’y a jamais eu autant de concurrence. Si vous êtes à la bonne place, avec un bon produit, et que vous vous adressez aux bonnes personnes, alors rien ne pourra vous empêcher de franchir la ligne d’arrivée de ce marathon. N’essayez pas d’aller trop vite, et prenez de bonnes décisions. Pour finir, mon dernier conseil, qui est également le plus important : prenez du plaisir dans tout ce que vous faites !

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Commentaire (1)

    Très beau témoignage plein de bon conseil et très positif. Ça fait beaucoup de bien de lire que oui c’est possible de vivre de son activité. MERCI
    Hélène,
    Côté Cousine
    Chaussons et autres créations

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